La preuve de la stupidité des brevets logiciels

17 novembre 2012

Si vous n’étiez pas encore convaincu de la stupidité des brevets logiciels, voici de quoi vous faire changer d’avis. Le bureau des brevets des États-Unis a accordé à Apple le brevet D670713, qui donne donc à l’entreprise de Cupertino le droit exclusif sur le « tourner de page.»

Non, ce n’est pas une blague, vous avez bien lu : une entreprise possède le droit exclusif sur le tourner de page. Et le brevet est illustré de 3 figures qui démontrent de façon évidente la nouveauté cette invention !

Le tourner de page

Source : Nick Bilton, via DaringFireball

La guerre est déclarée entre Google et Microsoft

5 août 2011

Ça a commencé ce mercredi 3 août, par la publication d’un article de David Drummond, Senior Vice President and Chief Legal Officer de Google, décrivant ce qui d’après lui est

(…) une campagne hostile contre Android financée à l’aide de brevets douteux et organisée par Microsoft, Oracle, Apple et d’autres entreprises.

David Drummond y déclarait que l’achat des brevets de Nortel et Novell par un groupe d’entreprises et destiné à intenter des procès contre la plateforme Android est anti-concurrentielle (« anti-competitive »). Ce qu’il a oublié de dire, c’est que ce groupe d’entreprises a offert à Google de participer à l’achat commun, et que Google a refusé, mais a essayé d’acheter ces mêmes brevets à lui tout seul, vraisemblablement pour les utiliser contre quelqu’un d’autre (pourquoi sinon).

Ces faits ont été dévoilés sur Twitter par Brad Smith, avocat de Microsoft, et confirmés par le porte-parole de l’entreprise de Seattle, Frank Shaw, copie de mail à l’appui !

Google n’a sur le coup pas l’air très crédible, reprochant à ses concurrents une pratique qu’ils utilisent eux-mêmes. Rappelons par exemple que Google a breveté en mars dernier le changement régulier de logos ou des pages d’accueil de sites web !

Rappelle-toi Google : « Don’t be evil !»

Source de l’image : Protect the free and open Internet

Pourquoi être contre les brevets logiciels ?

21 mars 2010

On peut avancer que les brevets logiciels entravent l’innovation, que l’objectif premier d’un brevet — stimuler l’invention en protégeant les droits de l’inventeur — est totalement perverti, puisque des brevets à large spectre sont accumulés par des entreprises en compétition incapables ou ne voulant pas travailler ensemble aux progrès du marché.

On pourrait prétendre que le logiciel est par nature différent des inventions palpables et d’autres innovations, et qu’il ne nécessite donc pas le même type de protections que les biens physiques. C’est certainement vrai.

On peut aussi argumenter comme Stephan Kinsella que le système des brevets fait partie d’un système qui est en train de pomper les finances de l’économie globale (pour plus de 31 milliards de dollars).

Il serait également sensé de dire que le bien commun (encore faudrait-il s’accorder sur ce concept potentiellement dangereux) exige que les logiciels ne soient pas brevetables. Que le modèle de revenu de notre monde, où la valeur est tirée d’un système obsolète de brevets, a été appliqué à mauvais escient à une industrie qui n’a pas besoin de ces protections.

Certains experts militent pour un système de brevets limité, par exemple sur une durée de sept ans. Contre cette position, il suffit de constater que ces personnes ne prennent pas en compte la vitesse à laquelle travaille l’industrie du logiciel, pour laquelle une année est une éternité.

Tous ces arguments sont valides. Mais la meilleure raison pour laquelle on doit être contre les brevets logiciels est plus simple. Elle n’est pas dérivée de concepts philosophiques, de théorie du bien et du mal, ni de débat sur la promotion de l’innovation.

Cette raison est qu’il n’est pas raisonnable d’attendre du système de brevets actuel, ou de n’importe quel autre système destiné à l’améliorer ou le remplacer, qu’il permette de déterminer avec précision ce qui peut légitimement aspirer à être breveté, parmi la quantité astronomique d’innovations dans le domaine des logiciels. La plus petite des applications logicielles comprend des centaines, voire des milliers de décisions d’architecture ou de design qui pourraient être vues comme des inventions pouvant être brevetées par ceux qui recherchent agressivement des brevets à déposer.

Si, comme c’est actuellement le cas, même les éléments les plus simples sont brevetables (achat en 1 clic, news-feed), le système ne sera pas capable de répondre à la demande. Et c’est bien le cas actuellement.

En plus de ce problème, la question de l’expertise est également à critiquer. Pour certaines des inventions proposées, il n’y a que quelques spécialistes qualifiés pour juger si un développement est suffisamment innovant pour justifier un brevet. Aucun de ces spécialiste ne sera engagé par un bureau des brevets. Et il faudrait en outre que ces personnes arrivent aux mêmes conclusions.

L’on doit donc en conclure que le système actuel, appliqué aux brevets logiciels, ne fonctionne pas, tout simplement, et qu’il n’y a pas de raison que cela change à l’avenir.

Il n’est donc pas possible d’être en faveur des brevets logiciels, quelle que soit votre position philosophique.

Cet article est adapté de Why I Am Against Software Patents, de Stephen O’Grady.

Brevet sur le e-learning : victoire de Desire2Learn

29 juillet 2009

Logo de Desire2Learn

Le blog de Desire2Learn a informé hier du l’invalidation des 38 premières revendications du brevet de Blackboard sur le e-learning. Rappelons que dans un premier temps, les 35 premières revendications avaient été déjà jugées irrecevables. Restent encore les revendications 39 à 44.

La seule différence que Blackboard a pu mettre en évidence dans le libellé de son brevet est la connexion unique (single login), et c’est vraiment trop peu !

Il s’agit d’une victoire complète de Desire2Learn, et, plus important encore, des défenseurs des logiciels libres, en particulier de Moodle et Sakai.

Mais le petit jeu n’est pas encore tout à fait terminé. Il reste à Blackboard plusieurs possibilités de se battre devant les tribunaux. Il serait cependant peut-être temps pour Blackboard de tout stopper, surtout que financièrement, l’affaire pourrait lui coûter cher. Voyons plutôt.

Blackboard doit maintenant reverser à Desire2Learn les 3,3 millions de dollars de manque à gagner qui lui avaient été versés, avec des intérêts de 6%, qui se montent à environ 200’000 $. Pour une compagnie dont le bénéfice net pour 2008 a été de 2,8 millions de dollars, cette nouvelle n’est pas réjouissante !

Comme souvent, les seuls bénéficiaires de ce type de conflit sont les cabinets d’avocats, qui y ont certainement gagnés plusieurs millions de dollars.

Voir également à ce sujet e-Literate et PatentlyO.