Le cauchemar de l’interconnexion des bases de données

2 janvier 2012

Le dialogue fictif ci-dessous permet de donner un avant-goût du cauchemar que pourrait devenir notre société s’il advenait que les nombreuses bases de données que nous alimentons généreusement soient interconnectées.

Le téléphoniste : Merci d’appeler Pizza2012.
Le client : Bonjour, j’aimerais passer une commande.
Le téléphoniste : Vous êtes bien Monsieur Dupont, rue des Roses 23 à Savigny, n’est-ce pas ?
Le client : Oui, en effet.
Le téléphoniste
: Votre numéro AVS et bien le 756.1234.5679.97 ?
Le client : Mon numéro AVS ? Euh attendez un instant, … euh, oui, c’est bien ça !
Le téléphoniste : Merci, Monsieur Dupont. Vous travaillez comme cadre à la Banque Root et votre numéro de téléphone au bureau est 022 123 4559.
Le client : D’où tenez-vous toutes ces informations?
Le téléphoniste : Pour votre sécurité, nous travaillons en connexion avec le SSF.
Le client : Le SSF ? C’est quoi, ce truc ?
Le téléphoniste : Oui, le Système de Sécurité Fooyetoo. Je vois que vous appelez depuis votre téléphone portable.
Le client : (En soupirant) Oui, j’aimerais commander une de vos pizzas géantes au saucisson.
Le téléphoniste : Ce n’est une bonne idée, Monsieur !
Le client : Que voulez-vous dire ?
Le téléphoniste : Votre dossier médical indique que lors de votre dernier contrôle, votre tension artérielle était très élevée et que votre taux de cholestérol était mauvais. Votre assurance maladie ne serait pas d’accord avec un tel choix.
Le client : Quoi ? Et que me conseillez-vous, alors ?
Le téléphoniste : Vous pourriez essayer notre nouvelle pizza au tofu et soja, à basse teneur en graisses. Je suis sûr que vous l’apprécierez.
Le client : Comment pouvez-vous en être si sûr que j’apprécierais un truc comme ça ?
Le téléphoniste : D’après votre carte Cumulonimbus, vous avez acheté la semaine passée le livre « Les meilleures recettes au tofu », c’est pour ça que je vous ai suggéré cette pizza !
Le client : Bon, bon, donnez-moi 2 grandes pizzas au tofu et soja.
Le téléphoniste : Oui, cela devrait suffire pour vous, votre femme et vos deux enfants. Votre chien pourra finir le reste de pâte. Ça fera 35 francs, avec un supplément de 4 francs car vous habitez en zone orange.
Le client : En zone orange !??
Le téléphoniste : Oui, un cambriolage a eu lieu dans votre rue la semaine dernière, au numéro 34.
Le client : Ah bon. Je vous donne mon numéro de carte de crédit.
Le téléphoniste : Je suis désolé, Monsieur, mais vous devrez payer comptant. La limite de votre carte de crédit est dépassée.
Le client : OK, je vais faire un saut au distributeur pour retirer de l’argent avant que n’arrive votre livreur.
Le téléphoniste : Ça n’ira pas non plus : votre compte bancaire est aussi à sec.
Le client : Pas de problème, apportez-moi ces pizzas, j’aurai l’argent à l’arrivée du livreur. Ça va prendre combien de temps jusqu’à ce qu’il arrive ?
Le téléphoniste : Nous sommes un peu surchargés en ce moment ; dans à peu près 45 minutes. Si vous êtes pressé, vous pouvez venir les chercher en même temps que vous vous procurez l’argent. Bien sûr, ce n’est pas très pratique en scooter.
Le client : Eh ! Comment savez-vous que je roule en scooter?
Le téléphoniste : Il est mentionné ici que vous avez un retrait de permis pour ivresse au volant. Par contre, votre Hypercard indique que vous avez fait le plein de votre scooter hier après-midi.
Le client : Mais espèce de ***, de quoi vous mêlez-vous !
Le téléphoniste : Je vous conseille de surveiller votre langage, Monsieur. Vous avez déjà été condamné en 2010 pour insulte et durant l’audience vous avez insulté le président du tribunal. Oh, je vois que vous finissez justement vos 2 mois de prison. C’est votre première pizza depuis votre retour à la vie sociale ?
Le client : (sans voix)
Le téléphoniste : Ce sera tout, Monsieur ?
Le client : Non, j’ai un bon pour 2 litres de Coca gratuits.
Le téléphoniste : Je suis désolé, Monsieur, mais notre contrat publicitaire exclusif nous interdit d’offrir gratuitement du Coca aux diabétiques ! Je vous remercie de votre appel.

Cet article est librement inspiré de Ordering Pizza, de l’ACLU

Âneries

30 décembre 2011

Apple :

  • Cette app web ou ce réseau social que nous réalisons sera génial.
  • Nos règles pour l’approbation des apps sont toujours en faveur des intérêts de tout le monde.
  • Personne ne veut [insérer ici le nom d'un nouveau produit répandu qu'Apple ne propose pas encore].

Google :

  • Android est ouvert.
  • « Don’t be evil.»
  • Nous vous demandons toutes vos données personnelles et nous traquons tout ce que vous faites pour améliorer votre vie.

Facebook :

  • Nos utilisateurs veulent interagir avec des marques.
  • Nous prenons au sérieux votre sphère privée.
  • Nous ne vous traquons pas lorsque vous n’êtes plus connecté.

Chacun d’entre eux dit des âneries. À vous de décider lesquelles vous voulez tolérer.

(Cet article est une adaptation de l’article en anglais Bullshit de Marco Arment.)

Internet et sphère privée : un diagramme de Venn

28 octobre 2010

Une façon intéressante de voir la relation entre Internet et la sphère privée : intersection vide.

Internet et la sphère privée

Source : Dave Makes, via FlowingData

Pas de privés pour faire la police du net

8 septembre 2010

C’est une victoire importante pour la protection des données personnelles sur Internet : le Tribunal fédéral a accepté le recours du Préposé suisse à la protection des données Hanspeter Thür contre la société privée Logistep. Cette société, à la solde de certains intérêts dans la protection du droit d’auteur, espionnait les personnes privées pour dénoncer celles soupçonnées de piratage. Logistep sera poursuivie pénalement.

Il est désormais interdit à toute entreprise privée de récolter des données privées. Au passage, l’adresse IP des internautes est reconnue comme une donnée personnelle et à ce titre protégée par la loi sur la protection des données. Il est par conséquent illégal de la divulguer à quiconque (à part un juge). L’ère des « cow-boys » du net est donc révolue : la police du net ne peut pas être faite par n’importe qui. Selon les termes du Temps,

(…) des sociétés privées ne sont pas en droit de s’ériger en gendarmes des réseaux peer to peer (P2P) en débusquant elles-mêmes les téléchargements illégaux de films ou de musique protégés par le droit d’auteur.

L’arrêt du Tribunal fédéral ne légitime en rien le piratage. Il remet simplement l’église au milieu du village : tout comme il ne serait pas acceptable que des privés effectuent des contrôles de vitesse sur les routes et dénoncent les contrevenants, il n’est pas admissible que des sociétés fasse la loi sur le net.

À lire : le compte-rendu de la séance du TF, par le KHannibal

Facebook a livré des données à des firmes publicitaires

21 mai 2010

Le Wall Street Journal rapporte que Facebook et d’autres réseaux sociaux (notamment MySpace et Twitter) ont livré des données personnelles d’utilisateurs à de grandes firmes de publicité, parmi lesquelles DoubleClick (propriété de Google) et Right Media (de Yahoo).

Ces données permettaient de retrouver le nom des utilisateurs, en dépit des promesses faites de ne pas divulguer de telles informations à de telles entreprises.

Suite aux questions posées par le journal, Facebook et MySpace ont modifié le programme permettant de communiquer aux publicitaires ces informations.

Cette nouvelle démontre une fois de plus les risques encourus par les utilisateurs de réseaux sociaux, notamment Facebook, par rapport à la divulgation de leurs données personnelles, et conforte encore ma décision de quitter Facebook.

Via Daring Fireball.