Environnements d’apprentissage : l’état du marché aux USA

18 octobre 2009

La California State University, en partenariat avec l’entreprise Delta Initiative, a publié en août dernier lors d’un webinar de très intéressantes informations sur l’état du marché des environnements d’apprentissage aux USA, dans l’enseignement supérieur. Le visionnement de cette conférence en ligne (en anglais) est à conseiller.

Ces informations, qui ne tiennent compte que des USA, sont résumées dans l’illustration ci-dessous.

Le marché des solutions LMS aux USA

Voici quelques constatations intéressantes tirées de ce graphique.

  • Il n’y a que cinq solutions qui se partagent le marché, Blackboard (avec Angel récemment acquis), Moodle, Desire2Learn, Sakai et eCollege, classés par part de marché décroissante. Blackboard domine largement le marché américain (avec ANGEL, près de 73% de part de marché des institutions ayant adopté une plateforme officielle). Deux des cinq solutions sont des logiciels libres : Moodle et Sakai. La part de marché de Moodle est passée de 5% à près de 12% en 3 ans !
  • Tous ces logiciels, y compris ceux qui ont été mangés par Blackboard (à savoir Prometheus, WebCT et ANGEL Learning) sont issus d’un projet universitaire. Pour mémoire, Moodle provient d’une recherche à l’Université Curtin de Perth.
  • Les environnements d’apprentissage de sociétés achetées par Blackboard n’ont pas survécu à ce rachat. Prometheus a été stoppé en 2001, WebCT Vista en 2006. WebCT CE survit par certaines fonctionnalités dans la version de Blackboard en développement (R.9). On ne connaît pas encore le sort de la dernière acquisition, ANGEL Learning.
  • Le coût des LMS a explosé entre 2000 et 2009. Il est passé d’une fourchette de 40’000 à 60’000$ à une plage entre 100’000 et 400’000$ ! L’analyse montre que ce n’est ni le nombre des installations, ni le nombre des utilisateurs qui a influencé ces coûts, mais bien le prix par étudiant facturé par les entreprises qui fournissent les solutions.
  • À noter finalement que les « big players » Microsoft, Oracle, etc. ne sont pas des acteurs de poids de ce marché, mais que l’on doit observer si et quand ils y entreront.

Pour plus d’informations, voir le webinar enregistré et le PDF de la présentation.

Source : eLiterate et Information Technology in Higher Education

Brevet sur le e-learning : victoire de Desire2Learn

29 juillet 2009

Logo de Desire2Learn

Le blog de Desire2Learn a informé hier du l’invalidation des 38 premières revendications du brevet de Blackboard sur le e-learning. Rappelons que dans un premier temps, les 35 premières revendications avaient été déjà jugées irrecevables. Restent encore les revendications 39 à 44.

La seule différence que Blackboard a pu mettre en évidence dans le libellé de son brevet est la connexion unique (single login), et c’est vraiment trop peu !

Il s’agit d’une victoire complète de Desire2Learn, et, plus important encore, des défenseurs des logiciels libres, en particulier de Moodle et Sakai.

Mais le petit jeu n’est pas encore tout à fait terminé. Il reste à Blackboard plusieurs possibilités de se battre devant les tribunaux. Il serait cependant peut-être temps pour Blackboard de tout stopper, surtout que financièrement, l’affaire pourrait lui coûter cher. Voyons plutôt.

Blackboard doit maintenant reverser à Desire2Learn les 3,3 millions de dollars de manque à gagner qui lui avaient été versés, avec des intérêts de 6%, qui se montent à environ 200’000 $. Pour une compagnie dont le bénéfice net pour 2008 a été de 2,8 millions de dollars, cette nouvelle n’est pas réjouissante !

Comme souvent, les seuls bénéficiaires de ce type de conflit sont les cabinets d’avocats, qui y ont certainement gagnés plusieurs millions de dollars.

Voir également à ce sujet e-Literate et PatentlyO.

L’engagement de Blackboard sur le brevet e-Learning

7 février 2007

Le 1er février dernier, Blackboard a publié un document dans lequel il s’engage à ne pas faire usage de son brevet sur l’e-Learning contre des projets open-source. Voici une adaptation de ce document en français.

Par le présent document, Blackboard s’engage à n’utiliser aucun des brevets cités ci-dessous, ainsi que tout brevet analogue en sa possession dans d’autres pays, contre le développement, l’utilisation ou la distribution de logiciels libres ou de systèmes faits « maison », tant que de tels logiciels libres et systèmes faits « maison » ne constituent pas une offre groupée avec un logiciel propriétaire.

Cet engagement à n’utiliser aucun des brevets cités ci-dessous, ainsi que tout brevet analogue en sa possession dans d’autres pays, est irrévocable, excepté que Blackboard se réserve le droit de mettre un terme à cet engagement uniquement vis-à-vis de toute partie qui lancerait une action en justice contre Blackboard ou ses représentants sur ses brevets et autres propriétés intellectuelles. Cet engagement lie les successeurs et les mandataires de Blackboard.

[Suit la liste des brevets concernés]

L’objectif de Blackboard est de redorer son blason en ayant l’air de faire un pas vers les acteurs libres du domaine de l’e-Learning. En réalité, cet engagement n’est que poudre aux yeux, et fait partie de la stratégie de Blackboard. La plupart des gens ne sont pas conscients que cette entreprise cherche à étendre sa panoplie de brevets dans les technologies de l’enseignement et de l’apprentissage, notamment dans le domaine des portails, de l’internationalisation et de l’évaluation.

En outre, Blackboard sait très bien que la presque totalité des institutions d’enseignement n’a pas la capacité de baser toute son infrastructure logicielle sur des logiciels libres. La plupart d’entre elles utilisent en effet un mélange de solutions propriétaires et libres, ou uniquement des logiciels propriétaires. Dans les deux cas, l’interdiction reste donc en vigueur.

Ainsi, cet engagement ne change strictement rien à la donne !

Brevet sur le e-Learning : la communauté se mobilise

17 août 2006

En réaction au brevet sur le e-Learning accordé à Blackboard et au procès que cette société a intenté à l’entreprise Desire2Learn, on observe une étonnante mobilisation de la communauté.

D’abord, et très rapidement, les utilisateurs de Moodle ont lancé un recensement de preuves indiquant l’existence de pratiques e-Learning avant le dépôt de la demande de brevet de Blackboard. Une même récolte a été quasi simultanément entreprise sur Wikipedia. Cette recherche d’antériorité est capitale : si l’on veut éviter que le titulaire du brevet gagne devant les tribunaux, il est essentiel de démontrer qu’il n’est pas le véritable inventeur du e-Learning.

Le brevet menace tous les logiciels (libres ou non) permettant la mise en oeuvre du l’apprentissage en ligne et pas seulement l’entreprise Desire2Learn. Pour cette raison, les internautes ont bien compris à quel point il est essentiel de donner un coup de main à cette entreprise pour se défendre, sachant que dans les procès en violation de brevet, c’est toujours le titulaire du brevet qui en retire du bénéfice, même s’il perd le procès.

L’e-Learning breveté !

2 août 2006

L’office des brevets des États-Unis a accordé à la société Blackboard un brevet sur l’enseignement en ligne. Plus exactement, le brevet est intitulé «Internet-Based Education Support System And Methods».

Presque simultanément, Blackboard a porté plainte contre un des ses nombreux concurrents, la société canadienne Desire2Learn:

On Wednesday, July 26, Blackboard Inc. issued a press release about a patent that was issued to them by the U.S. Patent & Trademark Office. That day, Blackboard Inc., a Washington, D.C. corporation, filed suit against Desire2Learn Inc. in the U.S. District Court for the Eastern District of Texas, alleging that Desire2Learn is infringing on the patent Blackboard announced that day.

Blackboard a de plus des demandes de brevets en cours dans d’autres pays du monde, y compris dans l’Union Européenne (où à ce jour, comme chacun sait, les brevets logiciels sont illégaux).

In addition, patents corresponding with the U.S. patent have been issued in Australia, New Zealand and Singapore and are pending in the European Union, China, Japan, Canada, India, Israel, Mexico, South Korea, Hong Kong and Brazil.

L’annonce de cette idiotie a fait du bruit dans le landerneau. Elle démontre à quel point les brevets logiciels sont ineptes et stupides. En effet, quoique son PDG en dise, Blackboard n’est pas un thought leader dans le domaine. Au contraire, cette société a souvent freiné des quatre fers pour intégrer des innovations, par exemple les RSS.

Il est vraisemblable que l’objectif de Blackboard est de tuer la concurrence que leur font les logiciels open source de gestion d’apprentissage en ligne, comme Moodle, Sakai, Claroline, Ilias, et j’en passe…

En fait, il est peu probable que Blackboard attaque de front ces logiciels libres. Il lui suffira de créer suffisamment de peur dans la communauté des juristes, qui évitent comme la peste les risques de procès éventuels. Cette technique de désinformation, appelée FUD, est bien connue des éditeurs de logiciels commerciaux. Elle consiste à instiller la crainte, l’incertitude et le doute (Fear, Uncertainty and Doubt pour FUD) dans la tête des décideurs sur la perennité ou la qualité des logiciels libres.

La stratégie de Blackboard est donc d’assigner en justice un concurrent (d’ailleurs, pourquoi Desire2Learn ?) pour voir comment réagira le tribunal. Si le juge acquitte Desire2Learn, tant pis. Si au contraire il décide qu’il y a effectivement une violation de brevet, tout le monde des juristes et des managers aura peur et Blackboard aura gagné !

En effet l’on peut bien imaginer comment pourrait réagir un recteur d’université ou de collège, si les enseignants lui demandent d’utiser Moodle ou un autre LMS libre : «On ne peut pas utiliser Moodle (ou Sakai ou Claroline ou …) parce que nous nous exposerions à une action en justice de Blackboard, et nous n’avons pas les moyens financiers d’y faire face, même si nous gagnons.»

Pour se défendre, il faut que dès ce premier procès, Blackboard perde, et pour cela que démonstration soit faite de l’antériorité de nombreux systèmes de gestion d’apprentissage en ligne. Rappelons que la demande de brevet date du 30 juin 2000. Pour cette raison, la communauté Moodle, mais aussi la communauté Internet dans son ensemble sont en train de collecter de telles preuves d’antériorité, que l’on peut consulter ici : Online Learning History et History of virtual Learning environments.

Si la stupidité de la brevetabilité des logiciels était encore à démontrer, c’est maintenant chose faite !