Réseaux sociaux : le préposé s’inquiète

Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence de la Confédération vient de publier son 16ème rapport d’activité, dans lequel il s’inquiète des dangers liés à l’utilisation des réseaux sociaux comme Facebook et de la législation en vigueur, qui n’a pas été prévue pour une telle situation.

Face à l’émergence de ce phénomène, la protection des données doit relever de nouveaux défis. La législation en la matière visait initialement à protéger les données personnelles contre tout traitement illicite ou disproportionné par l’État, puis, par l’économie. Deux aspects fondamentalement nouveaux doivent être relevés à cet égard :

  1. Ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui enregistrent les informations personnelles en question dans les profils Internet et qui donnent donc ainsi leur propre consentement.
  2. Les particuliers sont ainsi en mesure d’accéder aisément aux données personnelles d’autres particuliers, ce qui peut engendrer des risques.

(pages 115-116 du rapport)

Il ne s’agit pas de culpabiliser les utilisateurs, mais de les sensibiliser. Parmi les risques potentiels évoqués, la pérennité des informations sur le net :

La mémoire d’Internet est infaillible: les profils d’utilisateurs peuvent être téléchargés et enregistrés par d’autres utilisateurs, ce qui voue pratiquement à l’échec toute tentative d’effacer le profi l d’origine, puisque les données sont ainsi conservées.

Autre sujet non négligeable d’inquiétude, que font les fournisseurs de réseaux sociaux avec les données qu’ils récoltent :

Beaucoup de fournisseurs de SRS ne précisent pas ce qu’ils font des données. Une chose est néanmoins certaine : ajoutées aux métadonnées, les données personnelles sont susceptibles de livrer des profils de la personnalité détaillés, dont la vente peut engendrer de juteux bénéfices.

Il est réjouissant de voir que les autorités sont conscientes de cette problématique et proposent des recommandations.

L’e-Learning breveté !

L’office des brevets des États-Unis a accordé à la société Blackboard un brevet sur l’enseignement en ligne. Plus exactement, le brevet est intitulé «Internet-Based Education Support System And Methods».

Presque simultanément, Blackboard a porté plainte contre un des ses nombreux concurrents, la société canadienne Desire2Learn:

On Wednesday, July 26, Blackboard Inc. issued a press release about a patent that was issued to them by the U.S. Patent & Trademark Office. That day, Blackboard Inc., a Washington, D.C. corporation, filed suit against Desire2Learn Inc. in the U.S. District Court for the Eastern District of Texas, alleging that Desire2Learn is infringing on the patent Blackboard announced that day.

Blackboard a de plus des demandes de brevets en cours dans d’autres pays du monde, y compris dans l’Union Européenne (où à ce jour, comme chacun sait, les brevets logiciels sont illégaux).

In addition, patents corresponding with the U.S. patent have been issued in Australia, New Zealand and Singapore and are pending in the European Union, China, Japan, Canada, India, Israel, Mexico, South Korea, Hong Kong and Brazil.

L’annonce de cette idiotie a fait du bruit dans le landerneau. Elle démontre à quel point les brevets logiciels sont ineptes et stupides. En effet, quoique son PDG en dise, Blackboard n’est pas un thought leader dans le domaine. Au contraire, cette société a souvent freiné des quatre fers pour intégrer des innovations, par exemple les RSS.

Il est vraisemblable que l’objectif de Blackboard est de tuer la concurrence que leur font les logiciels open source de gestion d’apprentissage en ligne, comme Moodle, Sakai, Claroline, Ilias, et j’en passe…

En fait, il est peu probable que Blackboard attaque de front ces logiciels libres. Il lui suffira de créer suffisamment de peur dans la communauté des juristes, qui évitent comme la peste les risques de procès éventuels. Cette technique de désinformation, appelée FUD, est bien connue des éditeurs de logiciels commerciaux. Elle consiste à instiller la crainte, l’incertitude et le doute (Fear, Uncertainty and Doubt pour FUD) dans la tête des décideurs sur la perennité ou la qualité des logiciels libres.

La stratégie de Blackboard est donc d’assigner en justice un concurrent (d’ailleurs, pourquoi Desire2Learn ?) pour voir comment réagira le tribunal. Si le juge acquitte Desire2Learn, tant pis. Si au contraire il décide qu’il y a effectivement une violation de brevet, tout le monde des juristes et des managers aura peur et Blackboard aura gagné !

En effet l’on peut bien imaginer comment pourrait réagir un recteur d’université ou de collège, si les enseignants lui demandent d’utiser Moodle ou un autre LMS libre : «On ne peut pas utiliser Moodle (ou Sakai ou Claroline ou …) parce que nous nous exposerions à une action en justice de Blackboard, et nous n’avons pas les moyens financiers d’y faire face, même si nous gagnons.»

Pour se défendre, il faut que dès ce premier procès, Blackboard perde, et pour cela que démonstration soit faite de l’antériorité de nombreux systèmes de gestion d’apprentissage en ligne. Rappelons que la demande de brevet date du 30 juin 2000. Pour cette raison, la communauté Moodle, mais aussi la communauté Internet dans son ensemble sont en train de collecter de telles preuves d’antériorité, que l’on peut consulter ici : Online Learning History et History of virtual Learning environments.

Si la stupidité de la brevetabilité des logiciels était encore à démontrer, c’est maintenant chose faite !